Julien Besnier - Journal numérique.
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"Pellicule mémorielle - Part III" - Musée du Débarquement de Utah Beach

Chroniques - Série photo - "Pellicule mémorielle"

Utah Beach, l’opération logistique : Zoom sur un bombardier du débarquement en Normandie.

Le 6 juin 1944, lors du débarquement allié en Normandie (opération Overlord), Utah Beach constitue la plage la plus à l’ouest du dispositif. Située sur la côte est de la presqu’île du Cotentin, dans le département de la Manche, elle s’étend de Sainte-Marie-du-Mont jusqu’à Quinéville.

Source : Visactu (cf. sources en fin d'article pour le lien)

Le plan initial de l’état-major allié ne prévoyait pas d’assaut dans la Manche. C’est le général Dwight D. Eisenhower et le général Bernard Montgomery qui exigent début 1944 d’élargir le front vers l’ouest. L’objectif majeur attribué à Utah Beach est d’assurer la capture rapide de Cherbourg, unique port en eau profonde de la région, indispensable pour débarquer le matériel lourd, les munitions et le carburant nécessaire à la poursuite des opérations en Europe.

Le secteur présente un obstacle naturel majeur : la plage est bordée de dunes puis de vastes zones marécageuses, qui ont été volontairement inondées par la 709ᵉ division d’infanterie allemande. Pour progresser vers l’intérieur, les troupes doivent donc emprunter quatre chaussées étroites traversant ces marais.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, les 82ᵉ et 101ᵉ divisions aéroportées américaines sont parachutées à l’arrière du Mur de l’Atlantique. Malgré une dispersion importante due au tir anti-aérien et à l’obscurité, les parachutistes contribuent à neutraliser plusieurs positions défensives, verrouillent les carrefours clés autour de Sainte-Mère-Église et sécurisent les sorties de plage. Nous reviendrons dans un autre article sur cet aspect important et très stratégique, encore trop méconnu du débarquement : la mission de l’appui aérien.

Au matin du 6 juin, le 4ᵉ corps d’armée américain, emmené par la 4ᵉ division d’infanterie du général Theodore Roosevelt Jr., s’élance sur la plage. En raison des forts courants marins et de la fumée des bombardements, les premières barges dérivent et touchent terre à environ deux kilomètres au sud du secteur prévu, au niveau de La Madeleine. Cette dérive fortuite s’avère bénéfique : les fortifications allemandes y étaient nettement moins denses.

Prenant la mesure de la situation, Roosevelt prononce sa phrase devenue historique :

« We’ll start the war from right here! » (« Nous allons commencer la guerre d’ici même ! »).

  • 21 000 hommes et 1 700 véhicules sont mis à terre au cours de la journée du 6 juin. C’est quand même vertigineux.
  • Utah Beach enregistre le bilan humain le moins lourd des cinq plages du débarquement : les pertes américaines sur la plage s’élèvent à environ 197 tués ou blessés. Les combats sur cette plage ont donc été moins meurtriers pour les Américains qu’Omaha Beach, plage tristement reconnue pour la violence de ses combats et le nombre de pertes.

À la fin de la journée, la jonction est établie avec une partie des troupes aéroportées. La tête de pont ainsi consolidée permet la progression des forces alliées vers le nord du Cotentin. La libération de Cherbourg se concrétise à la fin du mois de juin 1944.

Pas de doute, on est bien à Utah.

Le site est gigantesque. Les environs du musée que je vous présente dans la suite de l’article sont également riches :

  • De nombreux monuments américains, français (2e DB du Général Leclerc) et danois.

    Ce monument en hauteur est le monument principal du site.

    Cette crypte, cachée sous le monument et fermée par une grille, renferme des reliques, telles que des drapeaux et photos

  • Une statue de soldats s’élançant d’une barge de débarquement

    Je n'ai pas de plan plus large, mais cette statue est vraiment saisissante.

  • Des reproductions d’obstacles de plages et des véhicules (un tank Sherman et des pièces d’artillerie)

    Entre le musée et les stationnements (plus à l'intérieur des terres), un tank Sherman.

    Légèrement derrière le monument, on retrouve un canon.

Retrouvez sur la carte interactive ci-dessous les principaux éléments présentés dans l’article.

Construit directement sur les ruines d’un ancien blockhaus allemand du poste de commandement WN5, le musée du Débarquement d’Utah Beach retrace l’histoire du secteur de La Madeleine, à Sainte-Marie-du-Mont.

Au début des années 1950, Michel de Vallavieille, maire de Sainte-Marie-du-Mont (blessé par balle le 6 juin 1944 par des soldats américains l’ayant pris pour un Allemand), souhaite créer un lieu de mémoire.

Malgré les hésitations locales, la commune acquiert les terrains en 1955. Le musée est officiellement inauguré le 6 juin 1962 afin d’honorer le sacrifice des troupes alliées et d’expliquer le succès stratégique de l’opération.

Au fil des décennies et des anniversaires commémoratifs, l’édifice s’agrandit pour accueillir un public croissant :

  • De 1964 à 1984 : Construction d’une salle octogonale, puis ajout d’une salle de cinéma à l’occasion du 40ᵉ anniversaire du D-Day.
  • 1994 : Inauguration d’une grande salle panoramique (pour le 50ᵉ anniversaire) offrant une vue directe sur la plage et le champ de bataille.

En 2007, les fils du Major américain David Dewhurst (ayant participé aux bombardements du 6 juin) visitent le site et apportent un soutien financier majeur. Cela permet une refonte complète du bâtiment.

Inauguré en 2011, le musée s’étend sur 3 000 m² et abrite notamment un authentique bombardier B-26 Marauder ainsi qu’une barge de débarquement. Aujourd’hui géré avec le concours de la famille de Vallavieille, le musée accueille plus de 200 000 visiteurs par an.

Ceci est une barge authentique du débarquement.

Et le bombardier B-26 du musée fait l’objet de la série photo du jour : le “Dinah Might”.

Conçu par la Glenn L. Martin Company à la suite d’un appel d’offres de l’armée américaine en 1939, le Martin B-26 Marauder est l’un des bombardiers moyens bimoteurs emblématiques de la Seconde Guerre mondiale. Imaginé pour privilégier la vitesse pure, l’appareil arbore une silhouette aérodynamique trapue, un nez vitré et deux puissants moteurs Pratt & Whitney R-2800.

À ses débuts en 1941, le Marauder traîne une réputation difficile : sa charge alaire élevée et sa vitesse d’atterrissage très rapide provoquent de nombreux accidents lors de la prise en main par de jeunes pilotes. Il gagne alors le surnom d’« engiseur » ou de « Widowmaker » (le « faiseur de veuves »).

Cependant, la révision de sa voilure, l’augmentation de son empennage et un meilleur entraînement des équipages transforment radicalement l’appareil. Engageant principalement des missions tactiques à moyenne altitude, le B-26 s’impose rapidement comme un bombardier d’une résistance formidable. Capable de supporter d’importants dégâts causés par la Flak allemande tout en infligeant des frappes de précision sur des ponts, batteries et carrefours stratégiques, le Marauder termine le conflit en Europe avec le taux de pertes au combat le plus bas de tous les bombardiers américains.

Parmi les avions engagés dans l’opération Overlord, le B-26B Dinah Might marque l’histoire du Débarquement. Portant le numéro d’immatriculation 41-31576 et l’immatriculation de code AN-Z, l’appareil appartient au 553ᵉ escadron du 386ᵉ groupe de bombardement de la 9ᵉ US Army Air Force.

Au matin du 6 juin 1944, piloté par le Major David Dewhurst, Dinah Might prend la tête d’une formation tactique cruciale. À 6h24 précisément (soit deux minutes avant la première vague d’assaut navale), l’appareil largue ses bombes directement sur les positions défensives allemandes (le point fortifié WN5) bordant le secteur d’Utah Beach. Ce bombardement extrêmement précis neutralise une partie des défenses ennemies, réduisant considérablement la riposte allemande et permettant aux troupes de la 4ᵉ division d’infanterie américaine de débarquer avec des pertes humaines très faibles.

WN5, ça vous parle ?
Et oui, il s’agit bien du site sur lequel est installé le musée !

Aujourd’hui, l’appareil exposé dans le grand hall du Musée du Débarquement d’Utah Beach est l’un des rares B-26 conservés dans le monde. Il s’agit du modèle B-26G (44-68219), offert par les forces aériennes françaises, repeint à l’identique avec les marquages, l’empreinte « Dinah Might » et les bandes d’invasion du mythique bimoteur de David Dewhurst.

Fiche technique du B-26 Marauder (Version Dinah Might)

Constructeur : Glenn L. Martin Company

Type : Bombardier moyen tactique

Équipage : 6 à 7 hommes (Pilote, Copilote, Bombardier/Navigateur, Opérateur radio, Mitrailleurs)

Motorisation : 2 × Pratt & Whitney R-2800-43 Double Wasp (2 000 ch chacun)

Envergure : 21,65 m

Longueur : 17,80 m

Hauteur : 6,55 m

Masse maximale au décolage : Env. 17 350 kg

Vitesse maximale : ~450 km/h

Plafond opérationnel : 6 400 m

Rayon d’action : ~1 770 km (avec charge utile)

Armement défensif : 11 à 12 mitrailleuses Browning M2 de calibre .50 (12,7 mm)

Charge offensive (Bombes) : Jusqu’à 1 800 kg à 2 000 kg de bombes en soute

Cette série photo présente donc le B-26 du musée : “Dinah Might”.

“Pellicule mémorielle - Part III” n°001. Premier contact avec l’appareil son envergure est impressionnante !
“Pellicule mémorielle - Part III” n°002.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°003. Beaucoup de détails.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°004. Ce jaune est si tonique.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°005. Il valait mieux ne pas le croiser.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°006.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°007. Le train d’aterrissage fait drôlement moderne pour un avion de 1940, non ?
“Pellicule mémorielle - Part III” n°008.
“Pellicule mémorielle - Part III” n°009.

Impressionnant ce bombardier, non ?

Vous remarquerez que pour l’exposer au mieux, un bâtiment de 1 000 m² a été conçu sur mesure pour le protéger et le mettre en valeur. L’architecture de l’extension s’inspire directement d’un hangar aéronautique militaire : La forme globale du bâtiment reprend les lignes, la hauteur sous plafond et la charpente métallique fonctionnelle d’un hangar d’aviation traditionnel.

Autour du bombardier, la scénographie s’articule pour retracer le rôle déterminant de l’aviation alliée et des forces américaines dans le succès de l’opération Overlord. Des moteurs, des équipements d’époque et des panneaux explicatifs viennent enrichir l’exposition.

Le bonus

Je ne pouvais pas vous quitter sans vous montrer un panneau du musée sur lequel je suis resté scotché : il représente la photographie de la plage, prise par avion pour préparer le débarquement en amont. La composition de multiples photos sous forme de patch-work est fascinante.

L’ancêtre de Google Street View. Cliquez pour zoomer.
Quoi de mieux pour clôturer cet article ?
Informations pratiques

Musée du Débarquement de Utah Beach

La Madeleine

50480 Sainte-Marie-du-Mont

Plus sur La Manche
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Et ci-dessous, retrouvez quelques-unes des sources qui ont permis d’agrémenter le texte de cet article :

Le musée vaut vraiment le coup d’être visité, il est très complet, et très abordable vu la richesse de l’exposition (seulement 10 € par adulte).

Merci de m’avoir lu. N’hésitez pas à partager en commentaire vos impressions sur cette série de photos.

À bientôt sur le blog,

Julien.

Remarque
Cet article est paru la première fois sur julienbesnier.fr

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